Le début de l’emploi des chiens dans l’armée en Allemagne

Les Allemands, depuis leur victoire de 1870, n’avaient rien négligé en vue de cette guerre « fraîche et joyeuse » qui devait leur donnait l’hégémonie du monde. Ils suivaient attentivement ce qui se faisait à l’étranger, et épiaient tout ce qui était susceptible de leur être de quelque utilité. C’est dire qu’ils eurent tôt fait d’adapter l’utilisation du chien aux méthodes de la guerre moderne.

En 1895, plusieurs années donc après les essais pratiqués en France, ils introduisirent officiellement l’emploi du chien dans leurs armées, et principalement dans les bataillons de chasseurs silésiens et de la Garde. Chacun de leurs corps expéditionnaires, dans leurs guerres coloniales, emmena des équipes de chiens de guerre ; ils purent ainsi se rendre compte des meilleures méthodes d’utilisation mieux qu’au cours de grandes manœuvres. Lors de la révolte en Afrique-Occidentale Allemande, soixante chiens furent utilisés sous la direction du lieutenant von Damm, du 2ème régiment de campagne, et se rendirent très utiles.

Persuadé que les chiens rendraient encore plus de services dans une guerre continentale, à la condition d’en avoir un grand nombre très bien dressés, le grand état-major allemand suscita, vers 1888-1889, la création de nombreuses sociétés pour la propagation de l’élevage et du dressage du chien de berger, du dobermann, du boxer, du rottweiler, du spitz, toutes races susceptibles d’être utilisées comme chiens de guerre.

A l’instigation du Kronprinz et sous sa présidence d’honneur se fonda la plus importante association d’éleveurs de chiens de berger qui exista jamais sur le continent : la Verein für deutsche Schäferhund (association pour le chien de berger allemand) qui, en 1914, comptait plus de 4.000 adhérents en Allemagne et en Autriche, et plus de 150 filiales, lesquelles organisaient tous les ans des concours de chiens de défense et de police, véritables épreuves préparatoires au dressage des chiens de guerre. Les dirigeants de ces « Verein » étaient des officiers à la suite, qui préparaient en temps de paix la mobilisation des chiens.

La Verein für deutsche Schäferhund publiaient chaque année un stud-book, dont les onze volumes parus contiennent 45.000 inscriptions ; c’est le Schäferhund Zuchtbuch ; il existait des Zuchtbuch semblables pour les dobermann, les rottwiller, les boxers, les spitz. Dans ces Zuchtbuch, à côté du nom de chaque chien étaient indiquées, en abréviation, les aptitudes générales de l’animal, en vue de renseigner les éleveurs désireux d’utiliser les reproducteurs inscrits ; mais outre ce Zuchtbuch que tout le monde pouvait se procurer, chaque société était dans l’obligation de tenir un registre secret, réservé aux chiens utilisables en temps de guerre et susceptibles, étant donné l’hérédité des caractères acquis, de reproduire des chiens de guerre.

Ces indications étaient les suivantes :

P.H. (Polizeihund), chien dressé pour le service de la police.
S.H. (Sanitätshund), chien dressé pour la recherche des blessés.
Z.H. (Zuchthund), chien de recherches.
Pt.H. (Postenhund), chien estafette.
M.H. (Meldehund), chien de liaison.
W.u.B. (Wach und Begleithund), chien-sentinelle et de garde.

Environ 4.000 chiens étaient inscrits en 1913 aux registres spéciaux.

Dès le 15 juillet 1914, par les soins de la « Verein » à laquelle ils appartenaient, les possesseurs de chiens dont les aptitudes avaient été éprouvées dans les concours reçurent avis d’avoir à se préparer en vue de concours spéciaux. C’était la mobilisation de l’armée de réserve canine : l’armée active était déjà mobilisée avec les bataillons de chasseurs et les diverses formations de l’armée allemande qui possédaient des chenils de chiens de guerre.
Dès le début de la guerre, 6.000 chiens furent mis en service sur les deux fronts, parmi lesquels un certain nombre de chiens sanitaires fournis avec leurs conducteurs par la Deutsche Verein für Sanitätshund, qui avait, dès le temps de paix, organisé et mis à la disposition du service de santé des équipes d’infirmiers auxiliaires avec les chiens dressés à la recherche des blessés.

Partout, en outre, où les Allemands passaient, ils s’emparèrent des chiens qui pouvaient leur être utiles ; ils en trouvèrent de nombreux en Belgique.
Afin de maintenir et d’augmenter le nombre de leurs chiens de guerre, les Allemands organisèrent une vaste propagande à travers l’Allemagne et l’Autriche : articles dans les journaux, tracts, conférences avec projections cinématographiques, ils ne négligèrent rien. Puis ils achetèrent des chiens à des prix variant entre 20 et 50 marks ; ils achetèrent d’abord en Hollande, et, lorsque ce pays interdit l’exportation des chiens, en Suisse, qui, à son tour, décréta l’interdiction d’importation. Ils durent enfin avoir recours à la réquisition.

A Trepow, près de Berlin, fut aménagé un « Kolossal » chenil militaire. Dans diverses régions d’Allemagne furent créés des centres de dressage, entre autres à Metz, à Cologne, à Dusseldorf, à Munich ; les chiens préparés dans ces centres étaient envoyés aux chenils d’armées – chaque armée possédant son chenil – et de là dans les unités du front. Pour tous ces chenils, on fit appel à des spécialistes qui avaient pour unique fonction la conduite des chiens de guerre ; il faut ajouter que ces spécialistes furent assez faciles à trouver, étant donné qu’en Allemagne presque tous les gendarmes, agents de police, gardes communaux ou particuliers entretenaient, grâce à des subventions gouvernementales, des chiens dits de police.

Les Allemands ont attaché une très grande importance aux chiens de guerre. Ludendorff lui-même n’a pas craint de signer un ordre général sur leur utilisation, ordre qui, publié dans la Deutsche Schäferhund Zeitung, enthousiasma les éleveurs de chiens. C’était la consécration de leurs efforts, le couronnement de leur travail de plusieurs années !

Le service des chiens de guerre allemand, rattaché au service des renseignements, était sous la direction effective du grand état-major.
Comme on le voit, parmi les « animaux de guerre » le chien ne fut pas l’un des moins utiles. Il a conquis son droit de faire partie de l’armée ; il a été à la peine, il est juste qu’il soit à l’honneur.

Paul MÉGNIN.

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